Une partie de volley, une douleur intense dans le mollet et c’est la chute pour Michel Chanel, éleveur laitier à Buellas : 45 jours d’immobilisation dans un premier temps pour que son tendon d’Achille se remette en place et 35 vaches laitières qui attendent la traite chaque jour, dimanche compris. Michel Chanel : « J’ai tout de suite appelé le service de remplacement que j’ai créé en 2003. Le salarié, Anthony, s’est rendu disponible pour me remplacer au pied levé. Il assure le soin aux animaux, gère les cultures. C’est une bonne expérience pour lui car il voit tous les aspects d’une ferme en agriculture biologique. C’est un coup dur pour moi mais mon corps m’a lancé un signal d’alerte. J’en faisais certainement trop ! »
Le groupement d’employeurs du secteur de Buellas fonctionne avec 10 adhérents qui ont des besoins de main d’œuvre ponctuels ou réguliers, explique Denis Joachy : « Chaque agriculteur donne ses besoins de main d’œuvre pour les 3 mois à venir, en cas de formation, de représentation syndicale ou de surplus de travail. En cas de maladie ou d’accident, le remplacement est prioritaire. Nous employons ainsi deux salariés. C’est un service apprécié car nos compagnes ne travaillent pas sur la ferme. Nous sommes donc seuls pour faire face. »
Anthony Richonnier est l’un des deux salariés. Ce statut lui convient bien en attendant de reprendre l’exploitation familiale : « En sortant du BTS, j’ai cherché un emploi en plein air, travailler dans des bureaux ne me plaisait pas. J’interviens essentiellement chez 5 agriculteurs, tous proches de chez moi, éleveurs laitiers ou maraîcher. C’est une bonne expérience, chez Michel par exemple, je m’occupe en ce moment des soins aux petits veaux. J’apprends à utiliser l’homéopathie et la phytothérapie. Chaque matin, on fait le point autour d’un café, c’est enrichissant et très formateur pour moi. »
L’Ain compte une vingtaine de groupements d’employeurs dédiés au remplacement ou au complément de main d’œuvre. En 2011, le Conseil général a permis de financer 3 110 jours de remplacement, à hauteur de 30 €/jour. Cela représente ¼ du coût total pour l’agriculteur. Michel Chanel chiffre à 10 000 € la perte de revenu lié à son accident. Philosophe, il prend le temps de réfléchir aux solutions futures pour gérer son exploitation et son mandat de maire en « tirant moins sur la corde ». Et cela occupe son père, 90 ans bon pied bon oeil, qui le conduit à ses rendez-vous extérieurs !
L’éclairage de Guillaume Lacroix, vice-président délégué à l’économie
« Nous soutenons le développement des groupements d’employeurs parce c’est une filière d’accès à l’agriculture par l’emploi. C’est aussi un enjeu pour les femmes qui souhaitent exercer ce métier mais aussi élever leurs enfants. Cela fait partie des mutations du secteur, les agriculteurs aspirent à une vie sociale et familiale. Enfin, en cas de coup dur, l’exploitation continue à tourner. »
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